mardi 15 décembre 2009

La dame blanche...

Suite au commentaire de Jean-Louis sur le vélo "Dama Bianca" de Lolo, je saisis la balle au bond... et à vélo, c'est difficile... de saisir la balle au bond !
En effet, voici bientôt 50 ans, le 2 janvier 1960, le Campionisimo, le seul, l'unique, Fausto Coppi quittait notre monde pour s'en aller pédaler vers d'autres cimes !
Et il s'avère qu'au dos d'une mes cartes du Tour de France (celle de 1973, Tour gagné par Ocana, Ah! Luis !...), paru dans Ici Paris, il y avait un "reportage" sur "la folle passion de la dame Blanche et le campionisimo". Je livre, ici et maintenant, ce Roman d'amour du Tour de France !


 Il fait froid, ce ma­tin-là, sur l'aéro­drome de Malpen­sa, à Milan. L'avion qui revient d'Afrique a une bonne heure de retard mais la dame en blanc, en apprenant que l'appareil, pris dans une bourrasque au-dessus de la Médi­terranée, n'atterrirait qu'à midi au lieu de onze heures, n'a marqué aucune contrariété. D'une inclinaison de tête, elle a remercié l'employé galonné qui s'était spécialement dérangé pour l'avertir, sans paraître remar­quer qu'il la dévisageait avec curiosité.
18 décembre 1959... La signora Giulia Occhini attend le retour du « campionissimo » Fausto Coppi, parti depuis dix jours chasser le buffle en Haute-Volta... Fausto Coppi, l'homme qu'elle aime depuis douze ans...
Pourtant, ce retour elle le redoute plus qu'elle ne le souhaite.
Depuis dix jours qu'elle est seule avec son angoisse, elle passe alternativement de l'es­poir à l'abattement du rire aux larmes, de la colère à l'atten­drissement...
Le secret a été bien gardé. Tout le monde croit que Fausto s'est envolé pour l'Afrique afin de réaliser un rêve d'enfant : participer à un Safari.
Seuls, quelques intimes du couple soupçonnent que cette escapade imprévue cache quelque chose et que ce quelque chose les concerne lui et Giula.
Adulé comme un dieu
Depuis un certain temps, ça ne va pas très bien entre eux. Giulia a souvent les yeux rouges, Fausto a le visage soucieux... Et, surtout, c'est la première fois qu'il part sans qu'elle l’accompagne.

ILS NE SE TROMPENT PAS. CETTE SEPARATION N’A D'AUTRE BUT QUE D’ETRE LE PRELUDE A UNE RECONCILIATION OU A UNE RUPTURE DEFINITIVE ENTRE CET HOMME ET CETTE FEMME QUE L'ON IMAGINAIT LIES A JAMAIS PAR LA PLUS « SCANDALEUSE » DES PASSIONS.

- Laisse-moi partir seul une huitaine de jours, a dit Fausto à Giulia, rien que le temps de voir clair en moi. Ce safari en Afrique est le meilleur des prétextes. Personne ne s’étonnera que tu ne m'y suives pas. Chasser le buffle n'est pas passe-temps pour les femmes. A mon retour, j'aurai pris une décision. Tu sais aussi bien que moi que ça ne peut plus durer comme ça ! Car Fausto hésite encore, ne peut renoncer, sans que son cœur saigne, à cette femme qui a bouleversé son existence, failli briser sa carrière de champi­on et dont la présence à ses côtés a divisé l'Italie. Même s'il retourne vers Bruna, sa femme, le souvenir de la Dame Blanche le hantera jusqu'à son dernier souffle. Chaque fois que, dans l'intime douceur de son foyer retrouvé, il se laissera aller à revenir en arrière, il revivra dans les moindres détails son histoire : celle d'un champion du monde adulé comme un dieu et qui, pour un amour interdit, a tout jeté par-dessus bord : gloire, honneur, réputation, famille...
1948... A cette époque, Fausto Coppi est déjà le « campionisimo », le plus grand champion que l’Italie ait connu, L’homme aux cent trente victoires !
Giulia, elle, est la femme d'un médecin de province, le docteur Enrico Locatelli, qui est comme tous ses concitoyens, un «fan» inconditionnel du campionissimo. Et il est parvenu, sans qu'il le veuille ou même qu'il s'en rende compte, à faire par­tager son admiration à Giulia, une belle brune aux yeux verts.
- Un jour, lui répète-t-il sans cesse, tu viendras avec moi assister à une de ses exhi­bitions et tu verras par toi-même que cet homme est un dieu !
IL FINIT PAR VENIR CE JOUR- UN MATIN DE JUILLET 1948 - A L'OCCA­SION D'UNE COURSE QUE COPPI GAGNE, NATURELLEMENT. LE DOCTEUR LOCATELLI, QUI LE CON­NAIT PERSONNELLEMENT LE PRESENTE A GIULIA ET CEST L'ETINCELLE.
Pour elle comme pour Coppi, la seconde où leurs mains se sont touchées a donné le dé­part à une autre course. Une course qui va les lancer à la poursuite d'un bonheur interdit.
Car cet amour va déchaîner un torrent de passions dans le plus passionné des pays. Un pays qui ne badine pas avec l’amour, encore moins avec le mariage.
Un pays où l'on n'admet pas qu'un héros détruise lui-même sa légende, surtout à cause d'une liaison qui ressemble à un défi.
Pour sa « Dame Blanche » — ainsi nommée, on s'en doute, parce qu'elle est toujours habil­lée de blanc — Fausto fait de la prison, après qu'un commis­saire de police, à la requête du docteur Locatelli, l'ait surpris en flagrant délit d'adultère avec Giulia qu'il fait passer pour sa secrétaire.
Pour elle encore, il abandonnel'irréprochable Bruna qui se cantonne dans la plus digne et la plus pitoyable des résigna­tions avec Marina, leur petite fille. Une enfant pour laquelle cependant, Fausto a une ado­ration.
PUIS, IL Y A LE VOYAGE DE GIULIA A BUENOS-AIRES, OU ELLE MET AU MONDE, LE 15 MAI 1955, LE PETIT FAUSTINO, AUQUEL ELLE DONNE SON NOM DE JEUNE FILLE CENSI, LA LOI ITALIENNE INTERDIT, EN EFFET, AUX ENFANTS ILLÉGITIMES DE PORTER LE NOM DE LEUR PÈRE.
Cette interdiction, qui fait de Fausto II un bâtard, déclen­che chez le champion une crise de désespoir.
Déchiré entre deux amours, deux enfants, il hésite longue­ment entre son devoir et son cœur.
Finalement, le cœur l'em­porte. Fausto s'installe avec la «Dame Blanche» et Faustino à Nova-Ligure. La demeure, somptueuse, s'élève à quelques kilomètres de Castellanio, son vil âge natal et de Varrase, celui où vivent Bruna et leur petite Marina.
«Je veux oublier»
...Les années passent et la passion avec elles. Avec l'âge et la réflexion, le cœur cède le pas à la sagesse, la frénésie à la lassitude.
Cette Giulia, qui a fait de sa vie un paradis et un enfer, Fausto la regarde, la jauge, la juge. C'est sa faute s'il est une sorte de paria, si sa famille l'a renié.
S'il a fait la «une» des journaux autrement que par ses exploits sportifs. Et parce qu'il prend conscience d'une solitude que la présence de sa maîtresse et de son fils ne parvient pas à rompre, et parce qu'il en souffre, il s'applique à la faire souffrir aussi.
Devant elle il évoque complaisamment un avenir dont elle est exclue:
«Je sais, nous avons vécu ensemble un merveilleux roman, mais aujourd'hui que je ne veux qu’une chose : oublier. Et c'est auprès de Bruna, ma vraie femme, que je trouverai cet oubli. »
Chaque jour, pendant des mois, des scènes semblables mettent aux prises ces deux amants, dont l'un n'aime plus et l'autre aime encore. Giulia, torturée, n'essaie même pas de se défendre.
Un mal mystérieux
A bout de résistance, elle est presque soulagée lorsque Fausto lui annonce qu'il veut partir pour l'Afrique — le temps pour lui de réfléchir une fois pour toutes à ce qu'il doit faire.
Au début décembre, il s'em­barque avec Rivière, Anquetil, Anglade, Hassenforder et Géminiani pour Ouagadougou.
D'abord, il participera à un critérium avec des coureurs noirs. Ensuite, ce sera le fameux safari, aux frontières du Dahomey.
De ces vacances qui, de loin, lui paraissaient une vraie fête, Fausto Coppi n'en profite pas vraiment. Pendant toute la durée de cette chasse, il se montre irascible, coléreux, prêt à tout moment à lâcher son guide et son fusil pour revenir en Italie. Mais s'il a hâte de retrouver Giulia, c'est pour la prévenir qu'il va retourner vers Bruna...
 Il accorde néanmoins une concession à Giulia. Il passera les fêtes de Noël auprès de cette femme que la vie a définitivement dépossédée du charme qui l'a rivé si longtemps à elle : l'amour... Ensuite...
IL N'Y AURA PAS D'EN­SUITE. UN MATIN, PEU AVANT LEDÉJEUNER, FAUSTO EST PRIS D'UN MALAISE ÉTRANGE. RUIS­SELANT DE SUEUR, IL S'AFFAISSE DANS UN FAU­TEUIL, SECOUÉ DE CON­VULSIONS.
A l'hôpital de Tortone, on appelle d'urgence à son chevet les professeurs Astaldi et Fieschi. Tous deux avouent ne rien comprendre au mal qui s'est abattu sur le champion. Un virus? Peut-être... Une piqûre d'insecte? Comment savoir? A 5 heures de l'après-midi, il faut placer Fausto sous une tente à oxygène... La tempé­rature est montée à 40° et 2/10, le pouls bat à 140, et Fausto ne peut déjà plus parler...
La Dame Blanche est là, éperdue d'horreur. Elle assiste, collée contre le mur, au va-et-vient rapide des médecins et des infirmiers.

Elle n'ose pas les interroger. Elle a l'impression qu'elle n'en a pas le droit. Ce n'est plus contre la montre que Fausto Coppi livre sa dernière course, c'est contre la mort...
Il lutte, il se bat, de toutes les forces qui lui restent, contre les ombres qui se rapprochent peu à peu de lui, sans que tous ces hommes et toutes ces femmes penchés sur son visage déjà cireux parviennent à le du néant où il s'enlise.
Un virus? Peut-être... Les antibiotiques n'agissent pas.  Une piqûre d'insecte ? de plante ? Comment savoir ?
L'Institut Pasteur téléphone. Les médecins veulent savoir ce qui se passe à Tortone car Géminiani, qui participait aussi au safari, est atteint du même mal inexplicable. Il a été hospita­lisé à Clermont-Ferrand.
Selon le professeur Astaldi, Coppi est probablement victime du virus de Coxsackie (il porte le nom de la ville des Etats-Unis où il a été découvert). C'est aussi l'avis d'un spécialiste des maladies tropicales appelé d'urgence auprès du malade.
Aucun espoir
Ce dernier ajoute que les effets néfastes de ce virus, en s'additionnant à une crise de paludisme, ne laissent guère d'espoir de sauver le campionissimo.
A MINUIT, UNE LÉGÈRE AMÉLIORATION SE PRODUIT... FAUSSE JOIE. UN QUART D'HEURE PLUS TARD, FAUSTO EST DANS LE COMA... A L'AUBE, TOUT EST FINI.
Brisée, effondrée, la Dame en Blanc sort de la chambre où vient de s'éteindre l'amour de sa vie.
Dans le couloir, elle croise une femme... C'est Bruna. L'épouse vient reprendre sa place auprès de son mari. Elle est désormais la seule qui aura le droit de pleurer, sans se cacher, l'époux qui n'est plus. "
La dame Blanche fleurit en cachette la tombe de Fausto...

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