vendredi 23 octobre 2009

Paris Brest Paris 2007 (le retour)

Brest-Carhaix (85 km)
Après avoir envoyé un baiser à un chauffeur de bus au fort accent finistérien qui me reprochait de n’avoir pas respecté un feu rouge, je quitte Brest avec difficulté à cause du vent et des petites bosses qui se succèdent. J’accompagne même durant un petit moment un engin insolite : un tandem couché où les deux cyclistes se tournent le dos !
Enfin, j’arrive au Roc Trézével et c’est le cœur léger que j’aborde la descente vers Carhaix. Hélas, il y a vraiment beaucoup trop de circulation sur cette route (pourquoi ne repassons-nous pas par Huelgoat ?). La pluie tombe à nouveau et les camionneurs sont toujours aussi respectueux des autres usagers…
Mais c’est avec un immense plaisir que je retrouve Anne et Yvon Bouilly qui m’attendent à Carhaix, ils sont venus en voisins finistériens. En 2003, ils étaient venus au départ en voisins franciliens !
Nous buvons un coup ensemble, et je dévore encore mon plat de … pâtes favori !
Et je suis heureux quand Yvon m’annonce qu’il va m’accompagner jusqu’à Corlay.

Carhaix – Loudéac ( 76 km)
Comme au bon vieux temps, nous roulons ensemble, Yvon et moi. Il ne pleut pas et nous arrivons rapidement à Corlay où je le laisse attendre Anne qui doit le récupérer en voiture. Un des rares bons moments de ce PBP 2007 vient de se terminer !
Je descends les bosses que j’avais grimpées la veille, du côté de Merléac et Saint Martin, et rentre assez tranquillement à Loudéac vers 20h00.

Loudéac – Tinténiac (85 km)
La nuit arrive quand je pars de Loudéac et je roule tranquillement vers Illifaut où m’attend le contrôle secret du retour. Et là, dès la sortie du village, il se met à pleuvoir, le vent se met à souffler très fort, un vent du nord très désagréable.
Alors la galère commence sur les routes d’Ille et Vilaine ! Comme mardi la pluie me détrempe la peau et les os mais en plus, c’est la nuit noire !
Je reste seul, évitant de rouler en groupe, mais il y en a si peu de groupes… car je ne peux garder mes lunettes et je n’y vois guère.

Ici, pour raconter la fin de cette étape, il me faut insérer un texte que j’ai publié sur mon blog le 17 janvier 2009 :

« La nuit du mercredi 22 au jeudi 23 août, entre Illifaut et Tinténiac, dans la Bretagne bretonne, la nuit noire de chez noir, vers minuit, une heure du matin. Il pleuvait des "cornes", des grosses "cornes" bien grasses ... La pluie, et la solitude, tout seul sur la route.

Tu t'attends à voir un panneau défraîchi dans la lueur de ta petite lampe qui est vraiment étanche, la preuve par la pluie, un panneau vieux, cassé, tout pourri: "Fin du monde..." Et tout à coup, au loin une lumière rouge, dans le ciel, là-haut. Et tu te dis : "Merde..." Tu te souviens qu' il faut en plus grimper près de ce relais de télévision, près du village de Bécherel (le village du livre, je crois). Mais tu n'as pas intérêt à sortir un livre à c'te heure...) Alors tu pédales. Des ombres diluviennes te dépasses. Tu vois les petites lueurs rouges de leurs feux arrière qui s'éloignent... vite, trop vite. Et puis une rengaine arrive à ta bouche:

"Pourquoi donc ? Parce que donc... Pourquoi donc ? parce que donc ..."

Et tu la répètes, tu la murmures d'abord, puis tu la chantes doucement, de plus en plus fort...

"Pourquoi donc ? Parce que donc..."

Et tu chantes à tue-tête...

"Pourquoi donc ? Parce que donc..."

Et tu hurles... Tu vocifères... Tu tempêtes...

Et tu passes à côté de cette saloperie de petite lumière qui te nargue dans le ciel... et tu cries à plein poumons

"Pourquoi donc ? Parce que donc..."

Tu traverses le village et là, comme tu es encore un peu lucide, mouillé mais lucide, tu baisses un peu le ton...

"Pourquoi donc? Parce que donc..."

Des fois qu'ils auraient envie de t'enfermer pour les avoir réveillés, tous les dormeurs de Bécherel, vous savez le village du livre et ... de la pluie qui tombent sur les pauvres randonneurs cyclistes. Elle ne fait pas des claquettes cette pluie, elle te mouille, elle te mouille, elle te mouille!

Et la descente arrive... et tu as froid maintenant, alors tu gueules à nouveau:

"Pourquoi donc ? Parce que donc..."
Une fois, dix fois, vingt fois.

Enfin, tu arrives à Tinténiac... Partout des cyclistes hagards et mouillés. Transis de froid... Si tu avais une voiture suiveuse, un camping-car d'accompagnement, tu sais que tu rentrerais à la maison...
Alors, dans le collège réquisitionné pour ton bien-être, tu sors des sacoches de ton vélo LOOK, jaune et violet, des petits sacs plastiques où tu trouves des habits de rechange, secs. Et tu vas te laver, te sécher, parce que tu as aussi une serviette dans un autre petit sac en plastique. Et tu te changes. Et tu manges une bonne soupe bien chaude. Et tu te trouves un endroit bien calme... sous un escalier où tu te couches, dans ton duvet, sec aussi, le dortoir est complet. Et tu dors une heure ou un peu plus. Mais ton vélo, le LOOK, jaune et violet, avec ses sacoches, son sac de guidon et sa sonnette. Il est resté dehors, sous la flotte, ton vélo, et dans ton demi-sommeil, tu crois l'entendre te murmurer à l'oreille:

"Pourquoi donc ? Parce que donc..."

Tout doucement, parce que, quand même, il ne veut pas te déranger. Ce n'est pas dans ses habitudes...
Quand tu repars, il ne pleut plus. C'est toujours la nuit noire et tu regardes ton vélo et tu lui dis:
"Parce que donc..." C'est beau un vélo, la nuit...... »

Tinténiac - Fougères (55 km)
C’est donc au petit matin, dans la nuit, que je prends la route de Fougères, au sec mais il me faudra terminer dans cette tenue : tout le reste est très mouillé…
La route est monotone, il y a peu de cyclos autour de moi et je roule la plupart du temps seul. Et je pointe à Fougères vers 7h30, l’heure du petit déjeuner : des pâtes, des pâtes, oui mais…

Fougères – Villaines la Juhel ( (87 km)
Je gardais un mauvais souvenir de cette étape en 2003. Cela se confirme ! Si je n’ai pas de problèmes de santé cette année : pas de douleur aux genoux, pas de problèmes intestinaux (Vive les pâtes !), le circuit est toujours aussi vallonné, surtout dans sa deuxième partie. En plus la pluie se permet de mouiller à nouveau mes beaux habits. Le vent de nord, tantôt m’aide et tantôt me gêne. Et malheureusement, les villages nous font peu la fête contrairement à 2003. Enfin après quelques montées qui me paraissent rudes, j’arrive à Villaines : OUF !
C’est ici que l’accueil est sans aucun doute le plus chaleureux. Un speaker commente les évènements. Les bénévoles sont adorables. Il y a un public nombreux et joyeux ! Vive le Vélo !

Villaines la Juhel – Mortagne au Perche ( (82 km)
Je repars le cœur léger pour cette nouvelle étape ! Jusqu’à Fresnay sur Sarthe, le vent est favorable et la route est belle. Ensuite, cela se gâte jusqu’à Mamers : grandes routes aux longues lignes droites, vents défavorables (Ils doivent être plusieurs…) et en plus mes amis routiers recommencent à m’embêter !
Pourtant malgré la pluie qui nous mouille à nouveau, je suis heureux de m’arrêter boire un café sur le bord de la route à l’entrée de Mamers. Et en plus la petite dame a eu raison d’apporter de petites galettes bretonnes. Cela me requinque un peu car je commençais à m’endormir. Je ne fais pas du vélo couché, moi !
Et me voilà reparti vers Mortagne à travers le Perche et ses routes plus calmes mais plus accidentées aussi.
Le sommeil commence à me rattraper : je bâille, je bâille, je bâille….
Heureusement, je rattrape un cyclo du Val d’Oise et nous terminons ensemble cette interminable étape en papotant comme deux vieilles pies (2 VIP, ah, ah, ah !) ce qui me fait oublier ma fatigue et la pluie qui se remet de la partie…

Mortagne au Perche - Dreux ( (74 km)
Rincé, trempé, mon arrêt à Mortagne est court ! Juste le temps de pointer mon livret, à 18h15 exactement… et d’avaler un délicieux plat de pâtes au beurre, un de plus !
Je quitte le Perche sous un léger crachin.
Miraculeusement, mon coup de pédale redevient efficace. Je n’hésite pas à mettre le grand plateau et sur la plaine je rattrape de nombreux compères qui me paraissent même légèrement à la ramasse…
L’entrée de Dreux est difficile, il faut bien suivre les flèches !
Ca y est, il ne me reste qu’une étape de 68 km et je téléphone à Lolo pour qu’elle vienne me récupérer à Guyancourt entre 1 h et 3h du matin.

Dreux - Guyancourt ( (68 km)
Le retour est difficile. Moins glorieux qu’en 2003 quand nous menions un peloton avec Michel Pola qui faisait un récital de Brassens : Quel beau souvenir.
Cette année, je suis très fatigué. Il me semble même avoir des hallucinations. Dans le faisceau de ma lampe frontale, les arbres m’apparaissent comme des êtres étranges, dans la traversée des villages je crois apercevoir des spectateurs imaginaires…
Et puis je roule avec un petit groupe qui hésite à chaque carrefour. Craignant la chute, je termine avec un vieux cyclo expérimenté, il a plus de 70 ans. Enfin, vers 2h15, me voici arrivé au gymnase des Droits de l’homme à Guyancourt où m’attendent Laurence, Guillaume te Pascal Bardat.
Je viens de terminer mon deuxième Paris Brest Paris (1227 km) en 76h41mn. En 2003, je l’avais fait en 74h21mn.

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