mardi 13 octobre 2009

DOPING ?...

Un coureur cycliste vient de mourir d'une embolie pulmonaire. Il a été retrouvé mort dans sa chambre d'hôtel au Sénégal et bien sûr, encore une fois, on va parler de dopage, à juste titre sans doute. Mourir à 34 ans, c'est rarement une mort naturelle, surtout pour un champion...
Souvent, j'ai entendu dire que le dopage, ou le doping comme on disait autrefois (je vous parle d'un temps...), est une pratique ancienne, enracinée dans le monde cycliste, une "culture" en quelque sorte.
Et je me suis souvenu d'une enquête à propos de Roger Rivière, parue en septembre 1959 dans le magazine "Miroir des sports". Roger Rivière, 23 ans en 1959, recordman du monde de l'heure depuis le 23 septembre 1958 quand il parcourut sur la piste du Vigorelli à Milan la distance de 47 km 347 dans l'heure, et cela malgré deux crevaisons. Roger Rivière qui voulait, en cette année 1959, devenir un champion de la route après avoir été le roi de la piste: il gagna les étapes contre la montre du Tour 1959 à Nantes et Dijon et faillit vaincre au Tour d'Espagne.
Accusé, soupçonné d'avoir recours au "doping", Rivière s'explique assez franchement, discours d'un autre temps que j'ai souvent entendu pour ma part.
Quel coureur pourrait aujourd'hui tenir un tel discours sans être exclu de son équipe, banni par toutes les fédérations. Il serait immédiatement désavoué par tous les responsables, proscrit par les directeurs sportifs (Les Français en particulier... Oui, ceux qui n'ont pas été capables de dénicher, de former un vrai champion depuis... depuis... fort longtemps...) Tous ces Tartuffe qui se donnent toujours le beau rôle mais ce sont toujours les coureurs qui paient les pots cassés ! Alors, je livre ici une partie de cet article, sans volonté de juger, ni Roger Rivière, ni Frank Vandenbroucke ni qui que ce soit. Mais je sais qu'à un moment donné, nous avons eu les mêmes rêves que ces champions... Moi, je continue à rêver sur mon vélo. Eux ne rêveront plus jamais ! Qu'ils reposent en paix au Paradis du vélo avec Marco Pantani, Luis Ocana, Jacques Anquetil et tant d'autres.

"Il serait effectivement cruel d'accabler un champion comme Roger Rivière. S'il est vrai que le passé est garant de l'avenir, il est homme à prendre d'éclatantes revanches.
Ce qui inquiète dans son cas n'est pas qu'il ait été battu. Ce sont ces brusques défaillances qui l'accablent et transforment soudain le pur-sang en rosse éreintée, incapable d'un sursaut. Défaillance dans Paris-Roubaix, défaillance dans le Dauphiné, défaillance dans le Championnat de France, défaillance dans les Nations, cela fait beaucoup.
LE PROBLEME DES « STIMULANTS »
Faut-il incriminer l'abus du doping ? Certains de nos confrères, sans mettre directement Rivière en cause, n'ont pas hésité à poser la question après le Grand Prix des Nations :
« Ce Grand Prix des Nations, écrivit Pierre Cha-ny dans « L'Equipe », a confirmé la nature d'un mal qui ronge les pelotons depuis trop longtemps et qui
menace les victimes aussi sûrement qu'un cancer : le doping. Nous posons la question : sur les vingt-cinq sélectionnés, combien avaient refusé le secours d'une drogue miracle ? S'il en est plus de trois pour répondre « moi », alors nous abandonnons notre prochaine mensualité à la caisse de secours des cyclistes professionnels. Mais nous pouvons dormir tranquille. »
Plus précis encore, Robert Chapatte, dans « L'Au­rore » tranchait dans le vif :
« Inutile de le dissimuler, écrivait-il, Roger n'a pas couru les Nations à jeun. Et nous ne saurions ici le lui reprocher. Comme le répète souvent An-tonin Magne, on ne va pas à la chasse sans cartou­ches... Combien sont-ils, dimanche, à avoir fait appel à ce nouveau produit venu d'Allemagne et que l'on peut absorber par injections intra-veineu­ses, intra-musculaire, par voie buccale ou sous-cutanée et dont le nom est à peine connu des phar­maciens français (1) ? Je ne sais, mais ce produit venu après tant d'autres n'a pas apporté la révo­lution escomptée. »
SI LE SOLDAT PE MARATHON...
René de Latour a franchement abordé le pro­blème dans l'entretien qu'il a eu avec Rivière.
Contraint de marquer Gaul dans l'étape Albi-Aurillac, Roger Rivière a dû laisser Anquetii filer à l'avant. Il per­dra de précieuses mi­nutes et ta possibilité de devenir* leader.
Contrairement à beaucoup de coureurs, le cham­pion du monde de poursuite ne s'est pas dérobé. Il n'a même pas été gêné :
Je ne sais pas comment se comportaient les coureurs d'autres générations, lui a-t-il répondu, mais je suis sûr qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil et que mes prédécesseurs, lorsque des ef­forts trop intenses leur étaient demandés, avaient recours à des médications. Elles ne les ont pas tués, que je sache. Si le soldat de Marathon avait eu re­cours à des reconstituants, il ne serait sans doute pas mort (sic).
- Vous estimez donc, a insisté notre collabora­teur, que les « stimulants », les « reconstituants », doivent normalement faire partie de l'arsenal d'un coureur cycliste, au même titre que les massages ?
Oui, a encore répondu Rivière, à condition tou­tefois qu'il ne s'agisse jamais de soins empiriques, mais scientifiques. D'ailleurs et ce n'est pas un secret, les coureurs qui tiennent à faire une longue carrière suivent les conseils d'un médecin qui les connaît et ne leur donne que ce qui convient à leur tempérament. Il ne s'agit donc pas d'expériences dangereuses. Au reste, les cyclistes ne sont pas les seuls à demander à la science d'obtenir de meilleures performances, d'éliminer la fatigue, de les aider dans l'effort. On a dit de moi que j'étais « un coureur de laboratoire » aux performances « ame­nées » par une préparation très précise. Je prendrais volontiers cela comme un compliment, puisque c'est la preuve que je sais ce que je veux et comment m'y prendre pour y parvenir.
(1) IL s'agit sans doute de la Methedrine, produit de la famille des amphétamines.
Lors de la 14ème étape du Tour de France 1960, Roger Rivière, 2ème du classement général à 1"28 du leader et futur vainqueur Nencini, chutait dans la descente du modeste col de Perjuret. Sa carrière cycliste s'arrêta là...

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