jeudi 4 juin 2009

MIROIRs: numéros spéciaux TOUR 59

La semaine du 1er juin, les deux hebdomadaires sportifs de l'époque, Miroir Sprint et Miroir des Sports (Au fait, j'ai l'année complète de ces deux magazines...), publient leurs numéros spéciaux consacrés au Tour de France 1959.
A l'unanimité, les deux magazines font la part belle aux champions français, surnommés les "Quatre Grands". Une question se pose: Arriveront-ils à s'entendre au sein de l'équipe de France ?

Le directeur technique national, Marcel Bidot semble avoir bien de la peine à diriger sa barque et Pellos montre ici qu'en plus des inimitiés, réelles ou supposées entre ces 4 champions, d'autres intérêts entrent en ligne de compte. En effet, les coureurs sont employés par des marques extra-sportives toute l'année et doivent se retrouver pour le Tour sous la même bannière... Anquetil court pour la chicorée Leroux, Bobet pour le pétrole BP (entre autres...), Géminiani et Rivière pour l'apéritif Saint Raphaël...
Au Giro et à la Vuelta, le problème a été résolu, ces épreuves se courent par équipes de marques. Le Tour de France y viendra aussi.

Mais il y a des pages plus légères...
Miroir Sprint demande à des artistes de l'époque se qu'ils pensent du Tour de France...
Midinette...
Actrice, elle tourna avec Hitchcock dans "La main au collet" et également dans "Mon curé chez les nudistes"...

Ronchon...
Essaie un peu de faire le Tour de France en fusée...
Je me souviens que Philippe Clay chantait parfois à la télé quand j'étais petit. Il m'arivait même de le confondre avec Gainsbourg. Je crois me souvenir qu'il avait moins de talent...

Comique...

C'est son métier, n'est-ce pas ? Non, ce n'est pas le père de Jean Réno...
Alors lui, qu'est-ce qu'il a pu me faire rire. "J'suis pas un imbécile parce que j'suis douanier..."
Charmeuse...
Ce qui me gênait beaucoup quand elle venait chanter chez Guy Lux, c'était son strabisme... Je n'arrivais pas à écouter ses chansons, tellement ce petit défaut me fascinait !
Sportif...
Alors lui, je ne m'en souviens pas. Je vais jeter un oeil sur WIKI et je reviens... Acteur et chanteur français.

Après une comparaison entre Anquetil et Rivière, un tour d'horizon des coureurs susceptibles d'intégrer l'équipe de France et beaucoup d'autres articles intéressants, Miroir des Sports se penchent sur les engagements des coureurs...


Je ne résiste pas et je reproduis l'article de Georges Pagnoud en entier: Qu'en est-il de ce règlement aujourd'hui ?

"C'EST entendu, il y a le kilométrage, les épreuves contre la montre, les cols. Mais, pour un néophyte du Tour, une épreuve non moins redoutable l'attend avant même le départ. C'est la signature de son bulletin d'engagement.
On lui remet d'abord un livret de vingt-cinq pages. C'est le règlement général de l'épreuve. Mais c'est bien long à lire, vingt-cinq pages, sur­tout en un tel moment où tout est agitation et fièvre !...
C'est pourtant un exercice qui serait utile à tout engagé, puisque celui-ci reçoit encore une autre feuille imprimée de couleur qui commence ainsi :
« Le soussigné déclare avoir reçu un règlement général et un règlement spécial de l'épreuve dont il a parfaitement pris connaissance. Il s'engage à en respecter tous les articles et accepte par avance d'être exclu de l'épreuve en cas de contra­vention audit règlement. »
Mais le jeune champion est persuadé qu'il n'aura jamais maille à partir avec la loi sportive. Il signe d'un cœur léger, remettant à plus tard cette saine lecture. Il a tort. Ainsi, il va se rendre à l'hôtel qu'on lui a désigné et préparer sa valise. Il y entassera tout un matériel hétéro­clite et des chers souvenirs. Un commissaire passe et lui fait remarquer que tout cela fait « du poids », trop de poids.
D'ici que tu sois obligé d'en laisser, il n'ya pas loin, ajoute-t-il.
L'intéressé sourit, mais il fera bientôt grise mine. On lui fera refaire cette valise, on ira jus­qu'à la vider. Son poids ne doit pas excéder vingt-cinq kilos. « L'organisateur aura le droit de faire retirer tous objets de cette valise pour revenir au poids prévu. » C'est inscrit dans un règlement que l'intéressé est désormais censé connaître.
De même, il descend dans le hall de l'hôtel très fier de lui et de son élégance. Il a revêtu une flamboyante chemisette rapportée de l'étranger. Elle va faire son effet, attirer les regards. Jus­qu'à celui d'un officiel qui priera notre arbitre des élégances d'aller « se rhabiller » y ajoutant la précision suivante :
- A la troisième ligne de la deuxième pagede ta feuille d'engagement, il est bien écrit : lecoureur soussigné devra porter la chemisette del'organisation.
Mais le malheureux n'a pas plus lu la première que la deuxième page de sa feuille bleue. De même que l'article du règlement général concer­nant les droits et les devoirs des coureurs. Il ne donnerait certainement pas une réponse favo­rable à l'oncle Jules qui vient lui proposer de dîner le soir chez lui. L'invitation est allé­chante :
- Il y aura toute la famille et on boira debonnes bouteilles.
Erreur ! Les soirées familiales, c'est pour plus tard !
Le règlement le précise à longueur de para­graphe qu'on peut ainsi résumer :
« D'une manière générale, le coureur soussi­gné doit considérer que, durant toute l'épreuve, aussi bien à l'étape qu'en course, il doit se conformer strictement aux directives du direc­teur technique de l'équipe à laquelle il appar­tient. Et c'est ainsi qu'il ne pourra recevoir de visites, même de parents ou d'amis, qu'avec l'au­torisation de son directeur technique. A plus forte raison ne pourra-t-il rendre de visites ou sortir sans l'autorisation, et cela même les jours de repos, le principe étant que la vie en com­mun de l'équipe est obligatoire sous le contrôle du directeur technique et des organisateurs pen­dant toute la durée de l'épreuve. »
Comme il aurait intérêt à le potasser, son règlement !
Ainsi, un soir d'étape pénible, il éviterait de partager le point de vue d'un supporter véhé­ment venu protester contre la décision du juge à l'arrivée ou d'un commissaire.
- Tu devrais lui casser la figure à cet imbé­cile, va jusqu'à souffler le violent.
Que le jeune champion se garde bien de suivre ce mauvais conseil.
Ecouter des suggestions de violence, de scan­dale, de fraudes, de désordre peut constituer une cause d'exclusion.
Conseillons donc le calme et la philosophie.
En revanche, si l'un des membres du service médical se présente à la chambre et demande au coureur d'examiner sa langue, il doit la lui montrer. Mieux, il doit même se soumettre au prélèvement de salive, si tel est le désir du médecin.
En signant son engagement, « l'intéressé a autorisé les organisateurs à faire effectuer sur lui-même tous prélèvements jugés nécessaires par le docteur de l'épreuve».
Il n'a donc aucune raison de l'accueillir avec humeur, voire avec grossièreté.
Qu'il châtie son langage, car il pourrait lui en coûter !
L'article 62 traitant des dispositions com­munes est non moins formel : « Les coureurs doivent avoir une tenue toujours correcte et tenir des propos décents. »
Donc, les injures à l'adresse des organisateurs, des officiels, du directeur ou des commissaires de la course, les écrits ou imprimés calomnia­teurs ou injurieux ou diffamatoires, les voies de faits auxquels ceux-là pourraient se livrer vis-à-vis de ceux-ci seraient sévèrement sanctionnés.
Un impératif s'impose : se taire. Mais on peut en prescrire un second : ouvrir l'œil. Car, en épluchant article par article, le « géant » par­venu au n° 36 se rendra compte que « le direc­teur de la course ou ses adjoints peuvent à tout moment, et même alors que l'étape est en cours, décider d'un contrôle de signature dans tel endroit qu'ils jugeront utile».
Compensation agréable, « le directeur (article 35) a le droit de créer au moment qu'il jugera convenable une ou plusieurs primes de démar­rage, lesquelles seront affectées aux coureurs qui, par leurs efforts, auront le plus contribué à la dislocation du peloton ou à l'intérêt de l'étape ».
Mais, attention, ces primes, si elles voyaient le jour, le coureur ne pourrait les empocher qu'à la condition de terminer l'épreuve.
Car le règlement est également très explicite :
« En cas d'abandon injustifié, surtout si cet abandon est suivi de la participation à une autre épreuve pendant le Tour de France, cet abandon impliquera la diminution automatique de la moi­tié des prix et primes obtertus par le coureur... »
Le contrat que l'intéressé a signé au départ, mais dont il n'a généralement pas lu les termes - ce que nous faisons ici en partie pour lui — lui garantit une somme forfaitaire pour toute la durée de la course. « L'organisation s'engage à lui verser une indemnité compensatrice à concur­rence du complément, à titre de remboursement de ses frais de course et d'entraînement, à l'ex­clusion de tout caractère de salaire, le coureur devant être considéré au titre de la Sécurité sociale comme travailleur indépendant. »
Toutefois, cette somme risque d'être encore amputée. A son retour à Paris ou au moment de son abandon, le coureur doit remettre à l'orga­nisation les boyaux, maillots, imperméable, sur­vêtements, valise, casquettes, lunettes, acces­soires, etc., qui lui ont été confiés. Faute de quoi, le matériel manquant lui est débité à rai­son de 1 500 francs le boyau, 2 000 francs le maillot, 1 500 francs l'imperméable, 3 000 francs le survêtement, 3 500 francs la valise, 700 francs le gonfleur, 350 francs la casquette, 500 francs la pompe, 300 francs la paire de lunettes, etc.
Ces tarifs sont, eux aussi, inscrits dans le règle­ment remis au départ.
C'est dire que l'intéressé ne doit pas être sur­pris si son compte ne correspond pas tout à fait à ce qu'il espérait. Il était prévenu.
Les formalités préliminaires du Tour valent donc bien les autres.
Nous espérons en avoir établi la démonstra­tion !..."
Georges PAGNOUD

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