lundi 8 juin 2009

Le Débarquement du 6 juin 1944

Le battage médiatique,justifié sans doute, autour de la venue du président américain en Normandie me fait me souvenir de l'histoire de mon père, Emile Le Port, né le 17 février 1921 à Belz, marin pêcheur, fils de marin pêcheur et sans doute petit-fils de...
Et je me rends compte que je n'ai jamais vraiment écouté ses histoires de Débarquement, d'Angleterre, de guerre quand j'étais petit... et je le regrette. Pourtant, je sais que le 6 juin 1944, il naviguait sur un dragueur de mines non loin des côtes normandes: mon père ce héros !
Alors, je présente aujourd'hui les circonstances qui ont conduit mon papa à rejoindre les Forces Françaises Libres en Angleterre.
Pendant longtemps, dans une vieille boîte à gâteaux dans laquelle ma mère, Nanette, rangeait ses papiers, ses photos et tout ce qu'il fallait conserver, hein, on ne sait jamais, ça peut toujours servie... j'ai vu un vieux brouillon écrit par mon père un an et demi avant sa mort. Mon frère a remis en forme ce document et c'est ainsi que je le livre ici.
Je laisse donc la parole à Emile Le Port fils qui lui-même laisse la parole à Emile Le Port père, sur le blog de Jean-Pierre Le Port, le petit frère. Si ma soeur, Evelyne, peut compléter cette histoire... toute la famille sera réunie !

Mon père en uniforme de marin des Forces Françaises Libres

Au début de l'année 1981, mon oncle Frédéric fut contacté par courrier par Mr François BRECHAT qui se présenta comme Membre de la commission d'Histoire maritime Française, ce dernier lui demandait dans le cadre de ses recherches sur l'histoire des navires Français de petit tonnage coulé pendant la guerre de 39/45 de lui raconter la fin de leur bateau GROTTE DE BETHLEEM.
Frédéric confia à son frère EMILE, qui était le Patron à bord et qui avait à l'époque rédigé le Rapport de Mer, de lui relater les faits.
J'ai retrouvé ses brouillons et mis leur aventure en page, afin de conserver en mémoire leur histoire.
Au printemps de l'année 1943, au tournant de la guerre, les Alliés décidèrent d'interdire les thoniers du littoral Atlantique d'effectuer la campagne de thon, afin de réduire le ravitaillement en poissons des forces d'occupation sur la façade atlantique de la France. C'est ainsi que quelques Dundees qui malgré les risques encourues, décidèrent de prendre la mer, furent arraisonnés et coulés par des sous marins Anglais. Mon père raconte ci-dessous son aventure personnelle, qui une décennie plus tard, lui a pourri sa vie, pendant de nombreuses années, mais cela est une autre histoire.
« Le dundee GROTTE DE BETHLEEM, est un voilier en bois qui a été construit en 1935 aux Chantiers LE ROY PLAIDEAU du Pont Lorois sur la rive gauche de la rivière d' ETEL avec comme armateur Jean Vincent LE PORT, dit Chanchan mon père, et Emilien GUILLEVIC mon beau frère, il fut immatriculé à AURAY, No 5487. Emilien comme patron, effectuait les campagnes de thons durant l'été, l'hiver le bateau désarmait et ce dernier, naviguait à La Rochelle comme matelot. En Février 1938 il disparut en mer, il était embarqué sur le chalutier PIVOINE, deux ans plus tard sautant sur une mine ce bateau disparu corps et biens.
J'ai passé mon brevet de Patron de Pèche en Mai 1939, et à l'âge de 18 ans, j'ai pris la barre du GROTTE DE BETHLEEM, pour la campagne de thon de l'été 39, mais n'ayant pas l'âge de commander, mon père 64 ans à l'époque était Patron sur le rôle. Pendant l'hiver 39/40, j'ai fait la pèche côtière, tous les bateaux étaient mobilisés, on échangeait souvent des godailles de poissons contre des rations de viande avec les dragueurs de mines qui opéraient dans nos secteurs de pèche.
Après la débâcle fin Octobre 1940, les autorités Allemandes me convoqua afin de rallier le camp Franco à Hennebont centre de transit pour le départ au S . T . O . nombreux de ce qui partirent alors ne sont jamais revenu, je me suis caché un moment, mais comme ce n'était pas un ordre des autorités Françaises, et qu'il régnait une telle pagaille, j'ai continué à naviguer sans trop de problèmes.
En Janvier 1941, j'ai pris la décision d'armer la GROTTE DE BETHLEEM au chalut et de faire route sur La Rochelle. Mon père décida de rester à terre, j'ai embarqué un Patron sur le rôle, ce dernier avait une bonne expérience de pèche dans ce secteur et nous étions une bonne équipe.
A la fin du printemps de 1943, je décide d'effectuer la campagne de thon, un peu avant de prendre la mer, le patron sur le rôle, se sentit fatigué et sa femme au courant que la R.A.F., jetait des tracts nous interdisant de prendre la mer, parvint à le persuader de mettre sac à terre.
Je me suis alors retrouvé en difficulté, car il n'y avait plus de Patron disponible. Après une entrevue avec Monsieur l'administrateur LUCAS chef du quartier d'AURA Y, à l'époque, il accepta de me signer une dérogation et cela me permit, de commander la GROTTE DE BETHLEEM, j'avais 22 ans.
J'ai appareillé fin juillet 1943, et le 25 Août, on était de retour à Etel pour vendre notre pèche qui avait été très bonne. Une grande partie est vendu à la population et le reste à l'usine.
Les forces d'occupation Allemande était devenu très pointilleuses et passaient tous les bateaux au peigne fin afin de rechercher d'éventuels tracts Anglais. Malgré les rumeurs qui circulaient concernant l'interdiction de prendre la mer. Je décide cependant de repartir le 29 AOUT.
Au cours de la marée, j'envisage après avoir discuté avec mon équipage de rallier un port Anglais les deux plus anciens, la quarantaine à l'époque sont réticent, les cinq jeunes sont volontaires. Vers le 12 septembre nous avons péché un tract de la R. A . F. nous conseillant de rentrer au port, les jours suivants, nous avons croisés de nombreux bateaux qui rentraient. Je décide malgré tout de continuer la pèche, il nous reste encore pas mal de vivres à bord, je pense rallier un port du sud de l'Angleterre, vendre notre pèche et rentrer dans nos frais.
C'est alors que survint un fort coup de vent 8 à 9 et au lieu de mettre à la cape, je décide de faire route terre vent arrière, à une vitesse d'environ 8 nœuds. Le 18 septembre, ça mollit nous mettons plus de toile, la mer est encore forte, pas une voile à l'horizon, il est alors environ 17 heures, à un mille tribord à nous un sous-marin fait surface. Peu après il tire un coup de canon, nous donnant l'ordre de stopper. Au porte-voix, il nous signale son intention de nous prendre à leur bord et couler notre bateau. À l'aide du canot et malgré l'état de la mer, nous évacuons notre navire, j'ai pris mon caban, mon sextant, les fascicules, et les rôles français et allemands, car nous ne savions pas sa nationalité .Arrivé à bord et comme je veux parlementer, on me fit descendre immédiatement et je constate
qu'ils sont anglais, l'officier de quart me précise que nous sommes à 70 milles dans le sud de la Pointe de PENMARC'H.
On nous servit du thé au mess officier, et on nous fit faire la chaîne afin de passer les obus, vers l'arrière du sous marin. Un de mes matelot me signale qu'un autre bateau arrive sur zone, il s'agit de la TORPILLE, du même quartier que nous. Ils ont assistés au coulage du GROTTE DE BETHLEEM, pour ensuite subir le même sort.
Après on a plongé, et le commandant du sous marin, nous sépara en deux bordées de huit, les plus jeunes avec moi et les plus anciens avec le patron de la TORPILLE.
Nous prenons le premier quart, l'officier m'explique la marche à suivre, je dois former ma bordée à la gouverne du sous marin, et au bout de 24 heures, tous savent manœuvrer.
Tous les officiers du sous marin s'étaient battu à DUNKERQUE en 1940, ils étaient très jeunes, le plus vieux avait 27 ans , l'officier des cartes, parlait un peu le français, j'ai sympathisé avec l'officier Radio et il me faisait écouter de la musique.
Le commandant avait 21 ans, ils étaient 22 à bord plus nous cela faisait 38, à partir du cinquième jour, plus de pain, nous recevions des rations de bœuf en boite, parfois du hachis Parmentier par contre thé, eau, lait à volonté, nous avions pu emmener trois thons ce qui améliora l'ordinaire.
J' appris que le sous marin se nommait « UPSTART, jaugeait 600 tonnes, il avait quitté Dundee, un port écossais le 11 septembre 1943, pour une mission de 15 jours. Je constate que nous faisons route plein Sud vers une destination inconnue. Bientôt nous longeons les cotes d'Espagne puis du Portugal le jour en plongé et la nuit en surface.
Un jour une fusée de détresse s'enflamma dans le poste d'équipage et dégagea une épaisse fumée on a du faire surface. Une autre fois l'officier radio est victime d'un malaise et un jour branle bas de com­bat, mais ce n'était qu'un navire allié.
Début Octobre, enfin nous touchons un port c'est GIBRALTAR, enfin l'air pur et le soleil. Nous avons tous débarqué et emmené à bord de camions vers la prison maritime, nous sommes 2 par cellule rempli de pucerons. Par contre nous sommes autorisé a nous balader dans la cour de la prison le jour. C'est là que je rencontre un marin Français que je connaissais étant de mon village, il me dit qu'il finissait de purger une peine de 30 jours de prison pour avoir frappé un sous officier à bord de la corvette COMMANDANT DROGOU. Il me signala la présence d'une mission française sur place et que notre séjour en prison serait de courte durée. En effet, on reçoit quelques jours plus tard la visite d'un aumônier et d'un enseigne de vaisseau qui se présentent comme les représentant des Forces navales Françaises Libres, nous pouvons dès lors quitté la prison et rallier la mission. On a reçu des vê­tements et une livre sterling chacun. Nos rations alimentaires sont composées de riz et pain sec, nous pouvons cependant nous rendre à la cantine , boire de la bière ou du whisky.
Après douze jours on a put visiter la ville, on rentrait à la mission manger et boire et on nous faisait l'éloge du Général DE GAULLE.
Un soir on a prit une vedette, afin d'embarquer à bord du paquebot « GOUVERNEUR GENERAL LEPINE » qui était mouillé sur rade ainsi que le « SIDIBRAHIM ». Ils étaient en attente d'un convoi de rescapés qui étaient parvenu a passer la frontière espagnole afin de rejoindre les F. F. Libre en Afrique du nord. Le pavillon Anglais fut hissé aux mats de deux paquebots et lorsque tous les rescapés furent embarqués, nous avons appareillé.
Après quelques jours de mer nous avons accosté à CASABLANCA le 30 octobre 1943. Nous sommes dirigés au dépôt, et après plusieurs jours chacun a reçu son affectation.
Pour les plus anciens ce fut la pèche à CASABLANCA sur des chalutiers qui avaient fui la débâcle en 1940 et qui était venu se réfugier dans ce port. Certains sur des navires de commerce et pour les plus jeunes , nous avons pu rejoindre l'Angleterre et servir dans les Forces Navales Françaises Libre et en ce qui me concerne, les dragueurs de mines.
Sur les conseils d'un secrétaire de Capitaine de Frégate, présent sur place, j'ai rédigé mon rapport de mer et je l'ai déposé à Monsieur MOLLET Administrateur de l'Inscription Maritime de Casablanca.
Pour servir et valoir ce que de droit me réservant le droit de l'amplifier si nécessaire. »

Le bateau de mon père devait ressembler à celui-ci peint par Paul-Emile Pajot, marin pêcheur et peintre aux Sables d'Olonnes au début du 20ème siècle.

2 commentaires:

  1. Parfois j'avoue que je lis entre les lignes; mais là j'ai tout lu...Très intéressant et ô combien regrettable certainement de ne pas en avoir discuté avec ton papa.
    Mais que Guillaume lui ressemble!Et M-J qui elle aussi aura laissé un peu de son histoire en Angleterre.Vraiment du sang des Le Port coule dans leurs veines...
    Bises.

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  2. J'ai lu avec plaisir le récit de votre père. Un peu comme vous, j'ai (trop) souvent écouté d'une oreille distraite les souvenirs de guerre de mon papa. Ce n'est qu'à sa mort que je m'y suis plongé et découvert ce qu'il avait vécu. Lors d'une visite au musée des Armées aux Invalides, j'ai pu voir des archives cinématographiques sur l'épisode de la "poche de Dunkerque' de mai 1940 et j'ai compris ce qu'il avait ressenti à cette occasion.
    Parfois, je me demande naïvement quel serait notre comportement dans des situations aussi dramatiques.
    Je reviens presque quotidiennement sur votre blog ... souvent en vélo, aujourd'hui en bateau!
    Cordialement.

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