vendredi 5 juin 2009

Brève de vélo (Dossard n°14)

Voilà quelques semaines que je n'avais pas publié de brève... Et bien ce soir, je retourne du côté de chez l'ami Fallet qui pique une petite colère !
"...Je pose le vélo, allume une cigarette - l'utilité des poches de maillot ! -, m'accoude à la rambarde et considère la rivière. En plus bref, c'est l'équivalent des journées de repos du Tour de France. La contemplation de l'eau recharge mes accus. Si je ne craignais, si loin de mon port d'attache, de tomber sur un quar­teron ami de chevaliers de la chopine, j'irais même boire un verre au café. Il n'y faut pas songer. Danger.
Jambes dégourdies, je remonte en selle et traverse le village avec, aux lèvres, un mégot bien insolite par rapport au reste de l'équipement.
Un jeune crétin goitreux, un rescapé de stérilet, un futur c.r.s., me lance finement, ses traits épais de cynocéphale fen­dus par un sourire de moule marinière :
- Vas-y, Poulidor !
Je l'invite en termes concis à s'en aller visiter la Grèce sous un seul angle précis et sexuel, et poursuis mon chemin en haus­sant avec rage les épaules.
Pour « rigoler », au passage du moindre cycliste, le père de ce marmot punais braillait déjà :
- Vas-y, Bobet !
Son grand-père, en son temps, glapissait :
- Vas-y, Leducq !
La connerie, davantage que le génie, est héréditaire. Qu'on m'entende bien : ce n'est pas le fait d'être traité de « Poulidor » ou d' « Anquetil » ou de « Merckx » qui me chagrine, mais celui de comparer ce qui n'est pas comparable, de se payer du comique de dérision à trop bon compte.
Je ne l'ai pas traité d'Einstein, moi, ce minus, ni, vu sa tronche de lard rance, d'Adonis.
Je me souviens en revanche, avec un vrai brin de tendresse, d'une petite fille trouvée au sommet d'une côte. Elle me voyait progresser en transpirant et me demanda avec inquiétude, alors que je passais, hagard, devant elle :
- Dis, monsieur, où tu vas, comme ça ?
Elle était charmante, j'aurais dû l'embrasser.
Où j'allai s ?
Je peux bien te le dire, fillette, à toi que je ne reconnaîtrais même pas : je ne le savais pas, ne le sais toujours pas, ne le sau­rai jamais..."
Aujourd'hui, les apostrophes ont souvent un rapport avec le dopage... sûrement les enfants du crétin dont parlait Fallet ! J'adore aussi quand l'ami Neuneu imite le bruit de la crevaison...
Les dessins de Blachon sont assez remarquables aussi. Me reconnaîtrez-vous sur ce dessin ?

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