jeudi 9 avril 2009

Brève de vélo (Dossard n°12)

Nous y voici. Le vélo roule ! Ecoutez-le !
Les amoureux de cette machine vous entretiendront toujours avec gourmandise de la voix, du chant du vélo.
Du frissonnement de la chaîne, de son murmure sans fin. Du léger clac produit par le dérailleur quand on actionne sa manette. Du ron­ron des boyaux, surtout, sur le goudron.
C'est au hasard des routes de forêt parsemées, ça et là, l'été de plaques de soleil, dans le silence, que les boyaux fredonnent le mieux leur petite musique de source. Ecoutez-la, prêtez l'oreille à la respira­tion calme et régulière de votre vélo. Les boyaux crissent comme tout un vol d'abeilles, chuchotent doucement du Mozart... C'est la chanson qui me manque le plus cruellement, à Paris, dès les premiers beaux jours. Elle et celle des oiseaux. Voyez combien elle m'importe et tient de place...
Je soupire après elle, chez moi, dans la rue à l'oxyde de carbone, dans le métro suspect de flatulences. Loin d'elle, j'entends son tendre chuin­tement, son bruit de feuillages froissés. En ma tête, le vélo file comme un merle tout au long de la haie. Il file sans moi, sans personne en selle, seul ainsi que dans un film surréaliste, et muet, atrocement.

René Fallet, Le vélo, éditions Denoël 1973

Le "chant du vélo", voilà pourquoi aussi j'aime tant en faire...

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