vendredi 27 mars 2009

Brève de vélo (dossard n°11)

Pour en revenir aux bicyclettes, nous avions la chance, Paulette et moi, d'avoir chacun la nôtre, avec des pneus et des chambres, en triste état sans doute, mais qui pouvaient encore nous traîner sur les mauvaises routes de ce temps-là. Et nous en profitions, nous faisions aisément cent kilomètres dans la journée.
Un jour, nous revenions de Reims à Viels-Maisons (80 km); au bout de dix bornes, première crevaison, donc première réparation. Je démonte la roue et je colle comme je peux, un bout de caoutchouc d'une vieille chambre à air, car les rustines n'existaient plus. On repart; un quart d'heure plus tard, ça recommence sur le vélo de Pau­lette. Même jeu, mais c'est déjà moins drôle, Même chose cinq kilo­mètres plus loin, une fois la roue avant, une fois la roue arrière; je commence à m'énerver...
A la dix-septième crevaison, j'en avais l'habitude et j'étais absolu­ment calme. Car nous avons crevé dix-sept fois sur ce parcours de 80 km dans la même journée!
Pour gagner du temps, les démonte-pneus, je les laissais dans ma poche avec la râpe et les fausses rustines. On regardait les bornes kilométriques : quand on en comptait cinq sans avoir de panne, on avait gagné! On avait gagné le droit de continuer à pédaler.
A la fin, on faisait des pronostics. "La prochaine fois, c'est ton tour, sans doute la roue avant." Et non, c'était la roue arrière. Une autre fois, c'étaient les deux en même temps. On éclatait de rire et Paulette m'embrassait pour me consoler...
Les dix dernières bornes pourtant on a été tranquilles. On disait : ça va venir, ça va venir... et la dix-huitième n'est pas venue. On le regrettait presque parce qu'on aurait voulu arriver à 20 pour faire un compte rond.


Etienne Bellan, "La fête continue"


En relisant le petit livre "du peintre", ce récit de crevaisons me souvient de notre premier voyage en tandem entre l'Aveyron et le Morbihan. C'était en 1986, au mois d'août. Au cours de notre 3ème étape, entre Vergt et Ribérac, en Dordogne, nous avons crevé une multitude de fois de la roue arrière, nous n'avons pas compté. Il fallait à chaque fois décharger la machine, et réparer la chambre à air défaillante. Je fus même obligé de changer plusieurs fois cette maudite chambre. Il fallut quémander des Rustines dans une ferme. Je dus même faire du stop pour aller "à la ville" acheter le nécessaire de réparation, Laurence assurant la garde de notre engin diabolique ! J'étais tellement découragé que j'envisageai sérieusement de prendre le train pour rentrer ! Heureusement Laurence est plus persévérante...

Ce jour-là, nous avons parcouru à peine 50 kilomètres pour nous arrêter dans un camping à la ferme au sol particulièrement caillouteux, mon dos s'en souvient encore.

Et puis le lendemain, après avoir réparé avec une bombe "anti-crevaison", notre pneu éclata en traversant le village de Montmoreau Saint Cybard (Je viens de vérifier sur la carte!), une énorme détonation qui fit sortir sur le seuil des maisons de nombreux autochtones.

Cette fois, j'ai tout changé, chambre à air, pneu et même la bande de fond de jante... Ce fut notre dernière crevaison du voyage!


Photos d'époque... J'étais barbu à l'époque, nul n'est parfait. Et Laurence est en train d'installer le "titinou" sur le piquet de la tente : Voilà, c'est dit !

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