lundi 16 mars 2009

Brève de vélo (Dossard n°10)

J'étais sur le port, en train de croquer un beau chalutier en bois couché sur le flanc que des pêcheurs grattaient avant de le remettre à neuf.
Un jeune gars s'est arrêté pour me regarder peindre, son vélo tout neuf à la main. Un monsieur d'un certain âge, en short blanc, élé­gant, distingué, s'approche de nous et jette un coup d'oeil distrait sur ma toile. Puis il regarde la bicyclette en connaisseur :
"C'est un LEJEUNE que vous avez là, c'est un bon vélo! Je le sais parce que j'ai le même..."
Et comme on ne répond pas, il tâte les boyaux, la selle, fait tour­ner le pédalier en soulevant la roue arrière.
"Ça vaut au moins 500 000 francs maintenant, le mien, je ne l'ai pas acheté, c'est les copains qui me l'ont offert pour mon anniversaire.
- Un joli cadeau, vous avez dû être content...
- Oui, c'était pour mon anniversaire, le jour de mes quatre-vingt-troisans..."
Ah!.. Là, on regarde plus attentivement le grand bonhomme, droit, costaud. Les cheveux blancs, bien sûr, mais pas ou peu de rides; sous son short blanc, des cuisses musclées qui feraient pâlir de jalousie un champion de marche ou un catcheur. "Mais ce n'est pas possible : 63 ans peut-être, mais pas 83.
- 83, non, c'était il y a deux ans. Maintenant je cours vers mes 85
- Et vous faites toujours du vélo?
- Le jour de mon anniversaire, j'ai parcouru 62 km en deux heures et dix minutes."
Du trente à l'heure de moyenne, on sourit...
"Vous ne me croyez pas? alors regardez..." et il sort de sa poche une coupure de journal avec sa photo, son âge et sa performance.
"Ils ont marqué deux heures et quart, mais c'était deux heures dix. J'ai écrit le lendemain au rédacteur pour qu'ils fassent une rectification, mais ils n'ont même pas répondu. Pourtant, cinq minutes, ça compte!"
Cet article, il le plie et le range délicatement dans son portefeuille, il doit le montrer à tout le monde. Et on le comprend.
Moi, quand je fais vingt kilomètres en une heure, je l'annonce a ma femme comme si c'était un exploit sportif.
Le monsieur nous salue et s'en va à grands pas. Pour quitter le port, il grimpe les marches en courant.
Le jeune cycliste et moi, on se regarde. Tout bêtes!

Etienne Bellan
La fête continue!

On l'appelait Le Peintre. C'était le seul à l'époque sur le port de Saint Cado. Il y avait peu de touristes encore. Il venait tous les étés dans notre village.
Chaque été, j'entendais à la maison: "Tiens! Le peintre est arrivé..."
Où logeait-il ? Peut-être à la pension de famille, bistrot, tabac, restaurant, épicerie... "Au bon accueil" tenu par Léonne Bihan (A ne pas confondre avec Léonne de la Coop qui tenait... la COOP).
Je n'ai connu son nom que lorsque je suis venu en Seine et Marne en voyant des affiches pour ses expositions dans des galeries du coin.
J'ai rencontré Monsieur Bellan une fois alors que nous dînions, Laurence et moi, à l'Hôtel Moderne de Saint Cyr sur Morin tenu par les frères Guibert (et qui est devenu le Musée des Pays de Seine et Marne). En effet, en plus d'exposer leur collection d'outils, les deux frères accueillaient également des peintres. Et ce soir-là, en 1985? , j'ai reconnu le monsieur barbu qui buvait un verre au bar et dont les tableaux ornaient la salle: Saint Cado, la Bretagne, des bouquets magnifiques et des paysages de Brie... Nous avons discuté un moment, de Saint Cado, bien sûr.
J'ai appris par la suite qu'il avait été instituteur à Viels Maisons (et directeur d'école, je crois), village où je passe fréquemment sur ce blog.
Par la suite, je l'ai revu quelquefois sur le port de Saint Cado et je n'ai jamais manqué d'aller le saluer.
Etienne Bellan est décédé en 2000 (si mes informations sont exactes) à l'âge de 78 ans.

Nous n'avons pas de tableau de Bellan... un regret... Pourtant j'ai une affiche d'une exposition du peintures à Romeny près de Château-Thierry, en 1993.

Je crois même reconnaître les trois personnages au premier plan (s'il y a des désaccords, il faut me le dire !), de droite à gauche:
- François Le Guennec, ancien menuisier, le père de mon copain Jean-Marc, un super cuisinier !

- Louis le Guennec, dit Lili, ancien patron pêcheur, frère du précédent et père de mes copains Yves et Dominique, dit Doumdoum.
- Gustave Le Formal, ancien marin de commerce. Ce fut le coiffeur de mon père à une époque. Il venait à la maison avec son outillage de merlan et il coupait les cheveux à mon père. Ma mère trouva que cela revenait cher, car si la coupe était gratuite, "l'artisan" et son client éclusaient durant le travail un "trois-quarts" de vin rouge et ensuite ils allaient jouer aux cartes, chez Léonne ou aux "Algues marines", autre adresse célèbre pour les joueurs de belote. Et là encore, mon papa rinçait le coupeur de cheveux (et devait se faire un peu rincer aussi...)
Alors, elle réussit à le convaincre d'aller chez Thérèse, la coiffeuse du Pont Lorois. Elle l'y conduisait en voiture, mon papa n'a jamais passé le permis de conduire. Il payait sa coupe... et se faisait parfois offrir un verre de vin par le père de la coiffeuse...

Etienne BELLAN a écrit et auto-édité ce petit livre de souvenirs (En vente chez l'auteur) duquel je me suis permis d'extraire le passage ci-dessus.
Et je ne résiste pas au plaisir de reproduire la quatrième de couverture de ce petit livre sans prétention.

10 commentaires:

  1. NOUS AVONS CONNU mR BELLAN et avons la chance d'avoir acquis à l'époque des toiles, que nous
    aimons toujours regarder et qui nous rappellent ce personnage plein d'humanité et de verve..Mr Bellan lui-même inoubliable!

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  2. j'ai trouvé un portrait signé Etienne Bellan y a-t-il des collectionnneurs ?

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  3. J'ai très bien connu Etienne Bellan un jour, il m'a mis une baffe, une vraie, j'avais 10 ans, je l'avais appelé Bellan Merdeur. Sacré étienne !

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  4. Je l'ai bien connu également lorsqu'il était instit à Vendières, d'ailleurs, c'était mon parrain. J'ai quelques tableaux de lui qu'il m'a généreusement offerts en diverses occasions. C'était vraiment un grand bonhomme. Difficile de l'oublier !

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  5. Si vous habitez toujours dans la région de Vendières, c'est avec plaisir que je vous rencontrerais pour évoquer M. Bellan et éventuellement photographier ses tableaux.
    D'avance merci.

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  6. Je reviens assez régulièrement à Vendières. Vous m'y verrez peut-être dans mon jardin ou sur ma tondeuse. J'ai dans mes archives un article sur Etienne paru en sept. 1976 dans... Femmes d'Aujourd'hui??? titré : La vie d'un instituteur rural, avec plusieurs photos. Je ne connais plus que 6 ou 7 anciens élèves de Bellan dans la région.
    (PS : je n'avais pas lu votre message).

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  7. Je reviens à Vendières principalement le WE. J'ai un article sur E. Bellan paru en 1976 dans F. d'Aujourd'hui ??? : "Un instituteur rural". Je possède une photo d'un tableau représentant l'église de Vendières, l'autre: une vue du village depuis "la Fosse Rouge".
    (Je n'avais pas lu votre message, Mille excuses!!!)
    G.M.

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  8. Je passe vous voir sur mon beau vélo quand vous le voulez pour voir cet article et ces tableaux et bien entendu parler de M. Bellan.
    A bientôt ?

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  9. GéMa
    OK ! Quand vous voulez, un samedi ou dimanche (1re maison à gauche, en venant de Montdauphin).
    A bientôt

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  10. J'ai bien connu Etienne Bellan et son épouse. Je les ai renconcontrés lorsqu'ils venaient en Côte d'Or?. Je les ai revus souvent. Nous étions amis. Etienne était un sacré blagueur mais surtout un excellent peintre.

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