vendredi 6 février 2009

Brèves de vélo (Dossard n°6)

La modification
MULHOUSE. "Vous montez dans un train à la gare de l'Est, vous vous méfiez à juste titre. Vous avez des réminiscences plein la tête; on sait comment ces aventures débutent: la fleur au fusil. Vous avez encore dans l'oreille les exhortations des bourreurs de crâne qui prétendent qu'on sera à Dijon dans trois jours, que le Tour de France se terminera avant l'automne et que tout le monde se retrouvera à la maison pour fêter Noël. Vous voudriez bien les y voir...
Vous vous installez dans votre compartiment. Vous ne laissez pas les enfants jouer avec la portière. Vous n'utilisez pas les vécés durant l'arrêt du train en gare. Vous ne vous penchez pas "au-dehors". Votre attitude exemplaire vous attire l'approbation du général assis en face de vous.
Pour vous distraire, vous recensez trois canapés sur la même banquette, je veux dire trois commandeurs de la Légion d'honneur. En somme, vous n'avez pas choisi le mauvais wagon pour vous porter aux frontières.
Vous débarquez dans une ville où s'épand une grande lessive d'oriflammes tendue d'une façade à l'autre. Vous vous frottez les yeux. Vous craignez d'être allé un peu loin: en Suisse, par exemple, ou en Belgique, ou en Hollande. Vous êtes prêt à opérer une marche en arrière prudente, quand vous tombez, au premier coin de rue, sur un blason aux armes de la cité. Il représente une sorte de roue dentelée où vous vous plaisez à reconnaître l'image d'un pédalier: l'équivoque se dissipe; Vous vous sentez chez vous.
Vous découvrez votre cantonnement. Vous montez dans votre chambre et vous apercevez une paire de pantoufles ; tout commence..."

Antoine BLONDIN
25 juin 1959
Début de la première chronique de "L'Equipe" du Tour de France 1959
Il y en aura 21 autres...

En 1959, paraissait "Un singe en hiver" qui valut à Blondin le prix Interrallié, à lire...
Mais, il faut absolument voir le film que Gilles Grangier tourna en 1962 à partir de ce livre: un monument... Les dialogues sont de qui ?
Et hop, un petit extrait: à déguster comme un vieil alcool
!

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