vendredi 30 janvier 2009

Douzième sortie (Bis)

"Moi, mon colon, cell' que j'préfère,C'est la guerr' de quatorz'-dix-huit!" Hier, en pédalant, je fredonnais cette chanson de Brassens.
Moi aussi, c'est celle que je préfère. Elle me fascine... parce que je ne comprends pas.
Je ne comprends pas comment des hommes ont pu rester face à face dans des tranchées pendant 4 ans. Quatre années à ne rien faire la plupart du temps. Et puis, de temps en temps, des accès de rage décidés par des gars sans doute très malins de part et d'autre: c'est pour cela qu'elle dura plus de 4 ans, cette putain de guerre. "Attaquons... comme la lune" disait De Gaulle, je crois (?)
Assassins ! Meurtriers!

Mon grand-père, Pierre Le Guennec, le mari de ma mémé Julie avait fait Verdun. Je ne l'ai pas connu. Ma mémé parlait peu des Allemands, elle parlait plus des Boches... Mais en "Bochie", comment les mémés allemandes appelaient-elles nos braves soldats français?

Des millions d'hommes tous pareils, jeunes. Qui auraient préféré être bien au chaud chez eux. A faire du pain. A labourer les champs. A pêcher des poissons, comme mon pépé Pierre.

Ou bien même, à courir le Tour de France.

En 1914, le Belge Philippe Thys remportait son deuxième Tour de France. Et puis plus rien en 1915, 1916, 1917, 1918. Le Tour de france, remplacé par les Dardanelles en 1915, la bataille de Verdun en 1916, le Chemin des Dames en 1917 et la deuxième bataille de la Marne en 1918 (Avec l'arrivée des Américains...). Des noms de critériums, pas des noms de grandes courses, aucun vainqueur ... Que des perdants! Des petits soldats, morts de trouille sans doute pour la plupart... Avant de mourir pour de vrai.

Philippe Thys ne gagnera son troisième Tour de France qu'en 1920! Combien en aurait-il gagné sans la guerre? Et je ne parle même pas des coureurs morts au front... Un ancien vainqueur du Tour, je crois que c'était Petit-Breton, deux fois vainqueur en 1907 et 1908. Mais je me trompe peut-être.

Hier, ma sortie m'a donc conduit à Mondement, village qui domine les marais de Saint Gond. L'un des sites de la bataille de la Marne en septembre 1914. Les forces alliées, il y avait aussi des Britanniques, stoppèrent ici les Allemands en route vers Paris.

Elle semble bien calme aujourd'hui la Champagne à l'ombre de la carotte...

Mais, dans les premiers jours de septembre 1914, la bataille fit rage autour du château de Mondement qui fut pris, repris, rerepris à tour de rôle par les belligérants. Le château brûla.

(Dessin paru dans le journal "L'illustration", quand?)

Aujourd'hui, le château semble être une coquette demeure.



La loi de finances 1920 prévoit la construction d'un monument commémoratif près du château de Mondement pour célébrer la victoire de la Marne. La construction commence en 1930. Elle se termine en 1939. L'architecte en fut Paul Bigot (Un nom de coureur cycliste...) et le sculpteur Henri Bouchard.

Beaucoup d'architectes, entrepreneurs de maçonnerie, sculpteur et marbriers ont fait fortune dans l'entre-deux guerres dans la construction de monuments aux morts et autres monuments du souvenir... Aucun reproche ici, il faut bien vivre et faire son deuil.
La carotte de Mondement nécesssita 2000 tonnes de béton à base de granit rose. Elle mesure 33 mètres de haut. Pour qu'elle soit bien stable, ses fondations s'enfoncent 22 mètres sous terre.
Elle fut inaugurée en 1951.


En arrivant de Sézanne, on peut lire cette inscription:

"A tous ceux qui sur notre terre du plus lointain des âges dressèrent la borne contre l'envahisseur."

Il ne s'agit donc pas d'une "carotte" mais d'une borne dressée contre les "barbares".

En plus petit, on peut lire la liste des régiments, bataillons ... qui prirent part à la bataille. Et même l'endroit où ils combattirent (Ici, deux noms familiers à mes sorties cyclistes.)


De l'autre côté du monument, face à la Champagne (et à l'Allemagne...), cette sculpture qui montre Joffre, le grand chef en septembre 1914, et les autres généraux. Il y a quand même un Poilu (Ils ne s'appelaient pas encore ainsi en septembre 14) à la gauche de Joffre.


Et puis deux inscription monumentales, la première:

"A la voix de Joffre l'armée française en pleine retraite s'arrêta et fit face à l'ennemi. Alors se déchaîna la bataille de la Marne sur un front de 70 lieues de Verdun aux portes de Paris. Après plusieurs jours de luttes héroïques l'ennemi de toutes parts battait en retraite et sur toute l'étendue du front la victoire passait."

La deuxième, c'est le message de Joffre à la troupe:

"Au moment où s'engage une bataille dont dépend le salut du pays, il importe de rappeler à tous que le moment n'est plus de regarder en arrière. Tous les efforts doivent être employés à attaquer et repousser l'ennemi. Toute troupe qui ne peut plus avancer devra coûte que coûte garder le terrain conquis et se faire tuer sur place plutôt que de reculer. Dans les circonstances actuelles, aucune défaillance ne peut être tolérée."

Le général allemand Von Kluck écrivit quant à lui: "... Que des hommes ayant reculé pendant dix jours, que des hommes couchés par terre, à demi morts de fatigue, puissent reprendre le fusil et attaquer au son du clairon, c'est là une chose avec laquelle nous n'avions jamais appris à compter: c'est là une possibilité dont il n'a jamais été question dans nos écoles de guerre."

A l'automne 1914, après le repli allemand, le front se fixa plus au nord et commença la guerre des tranchées.

Et c'est tout cela que je ne comprends pas et que je ne comprendrai jamais. Faut même pas essayer de m'expliquer...

Mais je regarde, j'observe, je m'arrête et je pense à tous ces petits soldats qui sont tombés, ici, à Escardes, sur la plaine, avec leur joli pantalon rouge (On disait "garance"):

ou là, à Soizy aux Bois où plus de 1200 "militaires français" sont enterrés, c'est écrit. Ce sont même M. le Vicomte et Mme la vicomtesse de Machin-chose qui payèrent la croix...
Cela aurait une autre allure s'il y avait écrit à la place de "militaires français", "Petits gars de 20 ans"...

Mais, au fait, où étaient les civils pendant ces combats (je vais enquêter ... encore...) ?

Je reparlerai certainement de cette guerre mais je voudrais terminer ce message par une pensée à tous ces petits gars qui ont laissé leur 20 ans sur cette terre où je roule aujourd'hui.


HOMMAGE

La photo n'est pas de moi et je crois que le village se trouve en Normandie (à vérifier...)

Promis-juré, demain je redeviens plus léger... !

2 commentaires:

  1. Magnifique...après les rires du "glou miam do" , du CAT Cecilia, c'est une larme qui a perlé au coin de mes yeux...
    ne change rien à ton blog, matraque toujours les paysages que tu traverses d'aussi belles et insolites photos, continue de nous faire voyager au chaud dans le temps et ta région d'adoption.

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